L'ORRA de... Élisa de Simone H Vintage

SIMONE H VINTAGE

ORRA : Présente toi en quelques mots !

Élisa : J’ai 21 ans, je suis en master 1, j’ai fait une licence info communication, 2 ans à Chambéry et 1 an à Lyon. Là je suis à l’ESC en master alternance en communication. J’ai Simone H à côté et je suis en auto-entreprise. Pour le moment je fais ça en parallèle de mes études mais j’ai une vocation professionnalisante.

 

O : D’où te vient la passion du vintage ?

E : Pour moi le vintage c’est la norme, ce sont mes parents qui chinent de base par passion, plutôt des meubles que des vêtements. C’est vraiment une transmission, on va chiner ensemble. On se lève à 5h du matin pour arriver les premiers sur les vides-greniers. Moi c’est vraiment le vêtement. Mes parents m’aident parfois à trouver des choses pour moi, quand ils vont chiner ils rentrent et me disent “ah on t’a trouvé ça pour ta friperie!”, c’est vraiment sympa, je ne fais pas ça toute seule.

 

« Quand on rentre de chine avec mes parents, la maison déborde”

 

O : Depuis quand chines-tu ?

E : Depuis toute petite je vais avec mes parents dans les brocantes et les vide-greniers. J’achetais un peu de tout, pas forcément des vêtements vintage à la base. Après j’ai eu une période de creux où je chinais moins. Et c’est revenu il y a quelques années. Quand mes parents vont chiner je viens toujours avec eux. Après, maintenant c’est une autre façon de chiner, je ne chine plus pour moi, je chine pour les autres, il faut être un peu plus critique et avoir un regard différent.

 

O : C’est quoi pour toi la différence entre chiner pour soi et chiner pour les autres ?

E : Quand tu chines pour toi, tu portes des choses qui te plaisent, tu peux te dire que tel vêtement ce n’est pas de la bonne qualité mais c’est pour moi de toute façon. Quand tu chines pour les autres il faut quand même qu’il y ait un certain standing. Tu ne peux pas proposer n’importe quoi, il faut que ce soit assez quali. Tu es plus exigeante avec toi-même que quand tu chines pour toi. 

Je me fixe comme période les années 50-80, tout ce qui est années 90/début des années 2000 je ne chine pas, c’est un autre univers que j’aime moins. Ce que je préfère c’est un style assez féminin et universel. Je ne suis pas fan des années 90 et début des années 2000 parce que c’est trop éloigné de mon style et de ce que j’aime, je me sentirais un peu comme un imposteur de proposer des pièces de cette période. J’ai plus de mal à voir le potentiel d’une pièce qui ne correspond pas à mon style et à mon univers. En tout cas j’ai voulu me restreindre à un style assez féminin, assez chic.

 

O : Pourquoi as-tu décidé d’en faire une activité professionnelle ?

E : Au départ, vu que je suis en communication et que j’aime la photo je me suis dit que, comme j’avais une collection personnelle de fringues vintage que je voulais vendre, au lieu de les vendre sur Vinted je vais faire un compte insta et je vais faire de jolis photos avec mes copines. Au début c’était juste pour ça ! Sachant que je cherchais une alternance je me suis dit c’est cool ça fait un petit plus dans le CV et en plus ça regroupe tout plein de trucs que j’aime : la photo, le vintage etc. 

Et puis finalement, il s’avère que ça a bien marché ! Et en fait j’ai toujours voulu plus ou moins avoir ma marque donc je me suis dit : tu as 2 ans avant la fin de tes études, mise tout pour essayer que ça fonctionne au mieux pendant 2 ans et si ça fonctionne bien tant mieux tu pourras peut être bosser à temps plein après, et si ça fonctionne pas tant pis ! C’est l’occasion ou jamais de prendre des risques, et puis je prends un risque sans prendre un risque vu que je suis étudiante alternante. Si jamais ça marche pas c’est pas très grave, je serais juste un peu déçue.

 

O : Comment as-tu fais pour lancer ta friperie, te faire connaître puis te développer ?

E : J’ai lancé le compte Instagram fin décembre (NDLR : 2019), après les fêtes. Au début, je ne cherchais pas à avoir beaucoup d’abonnés et pendant le confinement ça a pas mal explosé. Je suis en auto-entreprise depuis début juin. 

J’ai eu une parution presse dans le Mood Magazine, c’est un magazine lyonnais. Là, je participe au calendrier de l’Avent de @puncheuse. Je vais bientôt faire un concours, mais j’attends fin décembre. Je n’ai pas fait de partenariats particuliers.

Après, je rentre du travail à 18h, je passe toutes mes soirées et weekend sur ça, on fait des shootings, j’y passe vraiment beaucoup de temps. Et puis il y a tout ce système de likes, le fait d’être active sur les réseaux, ça aide beaucoup. Le plus important, c’est d’être active pour que l’algorithme insta te pousse vers le haut. Donc ça représente un gros travail de mise en avant. Pour le moment je ne me suis pas trop intéressée à tout ce qui est payant, j’attends qu’on vienne vers moi. Et je fais tout pour que ça fonctionne le mieux possible !

 

« Une fois je suis allée chez une petite mamie, […] c’était vraiment la caverne d’Ali Baba, […] je suis repartie à 21h et elle m’a ramenée chez moi dans sa 2CV parce que j’avais des sacs énormes »

 

O : Quel est ton processus global, de la “chine” jusqu’à la vente ?

E : Alors ça dépend : déjà je ne chine pas chez les grossistes pour le moment, mais je commence à m’y intéresser. C’est surtout les brocantes, les vide-greniers.. Cette année, c’est un peu difficile mais c’est là où je trouve les meilleures pépites ! Je viens d’Evian, à côté d’Annecy, c’est vraiment la campagne, donc quand je retourne chez mes parents et que je fais les vide-greniers je trouve souvent des choses vraiment cool ! Ensuite chez Emmaüs principalement, à Evian qui est vraiment génial, il y a énormément de choses. Et sinon, je vais aussi dans les vide-maisons, donc il faut éplucher les annonces sur les sites spécialisés. Je vais aussi sur Le Bon Coin tous les jours. Après c’est toujours en physique parce que j’aime bien toucher et voir les vêtements. Je ne vais pas en friperies parce que j’aime bien quand c’est sale et que ça sent pas bon, quand il y a du bordel. 

Une fois, je suis allée à Villeurbanne, une petite ville à côté de Lyon, il y avait une petite mamie qui disait qu’elle vendait des vêtements vintage, et je pensais que ça n’allait pas être terrible. J’arrive chez elle et il n’y avait que des pépites, c’était vraiment la caverne d’Ali Baba, je suis arrivée à 19h, je suis repartie à 21h et elle m’a même ramenée dans sa 2CV parce que j’avais des énormes sacs. Quand tu arrives dans des lieux comme ça, c’est vraiment chouette, c’est des expériences humaines, les gens sont vraiment sympas, ils te racontent des histoires en disant “ça, c’était à ma mère, quand elle sortait etc.” Je trouve ça trop cool de connaître les histoires des vêtements !  

Après, je trie mon stock dans mon appart à Lyon de 26 m2, c’est un peu du Tetris ! Je fais les tenues et ensuite je démarche mes mannequins sur Instagram. Souvent ce sont des nanas de Lyon que je trouve cool, qui rendent bien en photos. J’aime bien avoir des mannequins qui changent de l’ordinaire, quand il y a toutes sortes de femmes, des blondes, des rousses, des brunes, du taille 36, 34, 40 etc. Ensuite c’est mon amie Andréa qui fait les photos, celles que vous voyez sur Instagram. On organise un shooting, généralement tôt le matin qu’il n’y ait pas trop de monde dans les rues, ou alors je demande la permission de shooter dans des établissements, comme des cafés ou des fleuristes sur Lyon. Mes mannequins, je ne les rémunère pas malheureusement mais je leur offre une pièce de leur choix et je paye les croissants et les pains au chocolat le matin ! 

Ensuite, c’est lavage après que les mannequins aient porté le vêtement, surtout là avec le Covid, repassage et parfois rafistolage. Puis, je fais les fiches produits : je donne un nom à la pièce et je décris sa couleur, sa marque, la taille, la taille du mannequin, les mesures etc. C’est assez long à faire.

 

O : Quels obstacles as-tu rencontrés dans le développement de cette activité ?

E : Parfois Instagram c’est un peu traitre, l’algorithme ne te fait pas de cadeaux, parfois tu ne postes pas pendant une semaine et là c’est mort, tu te retrouves avec 15 likes sur une photo, alors qu’avant tu en avais 100 ! Parfois c’est difficile de comprendre comment être vue par le maximum de personnes. J’essaye de tout faire avec passion, tous les soirs en semaine, je rentre du travail et je m’y mets jusqu’à minuit mais parce que je kiffe faire ça ! 

Après, j’ai du mal encore à humaniser la marque, à me montrer sur insta. Faire des story où je parle pour le moment je n’y arrive pas. Il faut que j’y travaille parce que les gens le demandent beaucoup.

 

« J’aimerais en vivre, en fait, ce serait vraiment le graal pour moi ! »

 

O : Quels sont tes objectifs de croissance ? Et à quel point souhaites-tu développer cette activité ? (temps plein, mi-temps…)

E : Pour le moment ce sera à mi-temps parce que je suis en études et en alternance à côté pendant encore un an et demi. Après si ça fonctionne bien, j’aimerais bien m’y lancer à temps plein, mais avec la situation actuelle, c’est compliqué de se projeter aussi loin… Donc on verra bien ! 

Et après le site internet, j’aimerais vraiment en créer un à la fin de mes études ! Et j’aimerais beaucoup faire des événements à Lyon, donc faire un pop-up d’inauguration ou quelque chose comme ça, mais pour le moment ce n’est pas du tout d’actualité ! 

J’aimerais en vivre, en fait, ce serait vraiment le graal pour moi !

 

« Le vintage c’est quand même la consommation du futur, les gens préfèrent privilégier l’économie circulaire »

 

O : Comment est ce que tu appréhendes l’engouement actuel pour le vintage ?

E : Il y a déjà tellement de comptes instagram de friperies en ligne comme moi ! Avant qu’il y ait une saturation des produits vintage, ce qui me fait peur, c’est que les gens saturent par rapport au vintage. Par exemple à Lyon, en temps normal, il peut y avoir 3 évènements vintage dans le weekend ! Donc ça fait beaucoup d’un coup. Après, un article des années 70 qui est encore tendance aujourd’hui le sera encore dans 20 ans, il ne sera jamais hasbeen. Et puis le vintage c’est quand même la consommation du futur, les gens préfèrent privilégier l’économie circulaire. Je ne sais pas s’ils se lasseraient de ce mode de consommation mais je pense qu’il faut quand même tempérer, parce qu’il y a déjà une overdose de vintage.

 

O : Quels sont tes comptes préférés pour chiner ? Est-ce que tu as des comptes que tu adores ?

E : Je ne chine pas sur d’autres comptes, j’achète mes propres vêtements sur Vinted ou dans les vides-greniers/brocantes. Après sinon, les comptes insta que j’adore : @maisonmessine, @fripefrancaise, @lisettecloset, elle est hyper pétillante, elle parle un peu de vintage, elle est trop cool, @puncheuse, @lapausemodemagazine que j’aime bien je trouve ça cool, et @icone c’est un compte lyonnais.

 

 

O : Qu’est-ce qui te plaît le plus dans cette activité ?

E : Tout. Chiner c’est sûr. Vu que j’étudie la communication, c’est mon métier donc c’est aussi une passion. Le vintage et chiner c’est une passion aussi. J’ai la chance avec ce projet de pouvoir combiner les deux. J’aime trop gérer mon image sur Instagram, j’ai fait mon logo, je fais tout toute seule au niveau de l’identité visuelle. Évidemment ce que je préfère c’est chiner et mettre en avant des pièces que des personnes n’auraient peut-être pas trouvées de base. Donc je dirais chiner évidemment mais sinon j’aime tout !

 

O : Pour finir, en un mot, c’est quoi le vintage ?

E : Pour moi le vintage c’est un vêtement, élément de déco, un film, une musique, un meuble, une voiture, qui date des années 30 à 80, et qui est toujours d’actualité aujourd’hui. À la limite peut-être maintenant les années 90, mais non c’est plutôt contemporain pour moi, trop récent 90, enfin ça fait 30 ans donc peut-être. Le vintage c’est ce qui a 20 ans d’âge. 90 peut-être que ça rentre dans le tas mais pour moi ça ne rentre pas dedans.

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